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La route de la servitude:Fiche de lecture

Friedrich Hayek

Un best-seller du libéralisme au XXème siècle, où Hayek décrit la tragédie des hommes de bonne volonté qui, en désirant rompre avec la civilisation individualiste ayant permis l'essor de l'Occident, en appellent une collectivisation de la société, menant tôt ou tard au totalitarisme.
Fiche de lecture  

Sommaire

Avertissements de l'éditeur

  • il s’agit d’un résumé thétique[1] assez libre comportant quelques notions qui ne sont pas de Hayek : des termes comme "subsidiarité", "panoptisme" (M. Foucault), "polycentrisme" (M. Polanyi), "despotisme éclairé", liberté réelle /formelle (K. Marx), sont surtout destinés à enrichir le réseau des ramifications possibles de l’œuvre. Si la part d’interprétation ne pourra pas être totalement absente, j’ai essayé d’être le plus fidèle possible à l’ esprit de Hayek à défaut d'en suivre la lettre.
  • j’ai donné des titres aux parties des chapitres, que l'édition française (PUF) délimite par trois astérisques seulement ; ils apparaissent en gras ci-dessous. Ces subdivisions, présentes dans l'édition anglaise de Routledge, sont désormais absentes de l'édition de référence des presses de l'université de Chicago.
  • les paginations correspondent à l'édition anglophone / édition française :
    • Pour la première, cette fiche de lecture ayant été réalisée avant la sortie de l'édition de référence (2007), c'est la pagination Routledge qui apparait ici, sauf quand un astérisque a été placé après la première pagination, ce qui indique que la pagination a été mise à jour à la faveur de l'édition de référence ; cette pagination sera actualisée au fur et à mesure par la nouvelle.
    • Pour la seconde il s'agit de l'édition PUF, sachant qu'il n'y a pas différences de pagination entre l'édition de 1993 et celle de 2002.

Le texte

Preface to the original editions / Préface

C’est un livre politique, mais dénué d’intérêt personnel, écrit par devoir, pour ne pas laisser la place libre aux amateurs ou aux charlatans (37*/7) * Genèse de l’écrit et remerciements (38*/8).

Foreword to the 1956 American Paperback Edition

Pp.39-52 de l'édition Collected Works

Preface to the 1976 Edition

Pp.53-55 de l'édition Collected Works

Introduction

Les leçons politiques qu’on peut tirer des dernières décades permettent de se libérer de cette dérive déjà observée (57*/9) * En effet, il y a un décalage temporel et géographique dans le cheminement de la pensée (58*/9) : l’expérience personnelle de l’auteur, suite à son immigration, atteste que la pensée allemande de l’entre-deux guerre – qui a nourri le nazisme – menace de se répéter 15 à 25 ans plus tard en Angleterre. Il faut donc reconnaître le danger pour le prévenir (58*/10) * C'est avec la meilleure des volontés que des hommes ont ouvert la voie à des régimes qu'ils abhorrent (58*/10), faut de reconnaître qu'il y a une différence de degré (différents stades) entre le socialisme, et le nazisme ou le communisme, les différences entre ses seconds n’étant que superficiels (58*/11) * Le socialisme est évitable même si aujourd’hui, quelque part, tout le monde est socialiste (59*/11) * Les démocraties, doutant de leurs propres valeurs, ont mal compris ce qu’était que le national-socialisme pendant l’entre-deux guerre (60*/12) : certains croient que le nazisme est une méchanceté congénitale des Allemands, mais ainsi ils reproduisent à l’égard des Allemands un peu des théories raciales qu’ils dénoncent par ailleurs, et ne s’imaginent pas que les idées allemandes puissent se répandre dans le monde capitaliste (61*/13) * La thèse de la continuité entre socialisme et nazisme défendue ici, tranche avec celle des socialistes allemands immigrés en Angleterre qui, en les opposant tout en défendant le premier, font involontairement pénétrer dans leur pays d’accueil, les germes d’idées qu’ils combattent et qui ont causées leur exil (62*/13) ; mais c’est une erreur de croire que leurs idées semi-fascistes proviennent d’une mentalité germanique ou prussienne alors qu’elles sont dans le droit fil de leur socialisme (62*/14).

I. The Abandoned Road / La route abandonnée

L’Angleterre : du libéralisme au socialisme. Mauvaise foi de ceux qui cherchent des causes externes aux problèmes sociétaux actuels (10/15), car les totalitarismes allemand, italien ou russe ne sont que la suite logique d’une pensée européenne devenue non libérale (11/16) * Suivant cette pente, le gouvernement anglais a connu, de 1931 à 1939, une grande inflation de réglementation (12/16) * Malgré les mises en garde de Tocqueville (le socialisme mène à l’esclavage) et de Lord Acton, l’Angleterre a suivi la route du socialisme, qui signifie l’abandon d’une tradition séculaire héritée des Grecs (Périclès, Thucydide), des Romains (Cicéron, Tacite), de l’universalisme chrétien, d’Erasme, Montaigne, John Locke, John Milton, des Lumières anglo-écossaises (Adam Smith, David Hume) jusqu’au libéralisme du XIXe s. (Ecole de Manchester : Richard Cobden, John Bright) (13/17) : les nazis ont donc raison quand ils disent vouloir une autre civilisation (68*/18) * L’individualisme prôné ici est la reconnaissance de l'unicité de tout homme - qui ne signifie pas égoïsme (egotism or selfishness) - (68*/18), il va de pair avec la liberté économique qui permet un accroissement aussi bien des richesses que du progrès scientifique (69*/19), si bien que le laissez-faire permet une augmentation du niveau de vie sans pareil (70*/19). Le dogmatisme libéral contre le principe de subsidiarité. Le laissez-faire n’est pas un dogme immuable mais peut connaître des adaptations ponctuelles quand il s’agit d’organiser la concurrence (71*/20). Les causes du rejet du libéralisme. Explications de l’impopularité du libéralisme : 1) le dogmatisme des libéraux dans leur approche du laissez-faire, 2) les carences théoriques en économie (système monétaire, prévention des monopoles) qui ne permettaient pas un accompagnement adéquat du marché par le politique (18/20), 3) le propre succès du libéralisme qui a rendu les gens impatients et a poussé les générations nouvelles vers des utopies irréalistes (19/21). L’allémanisation de la pensée anglaise. Dérive scientiste ou technocratique (20/22) * Vers 1870, l’Angleterre a perdu son leadership intellectuel au profit de l’Allemagne (G.W.F. Hegel, Karl Marx, Friedrich List, Gustav Schmoller, Werner Sombart, Karl Mannheim) (21/22) * Le socialisme s’est principalement développé en Allemagne (22/23) * Les Allemands ont fondé leur pensée en rupture avec la civilisation « occidentale » (c’est-à-dire à l’ouest du Rhin) et tout ce qui en faisait partie : libéralisme, démocratie, capitalisme, individualisme, libre-échange, internationalisme et pacifisme (22/23).

II. The Great Utopia / La grande utopie

Socialisme et liberté. Le socialisme fut d'abord une tentative de terminer la Révolution Française dans son moment Robespierre (contre le premier moment libéral) puis il tenta de se rallier à l’idée de liberté après 1848 pour suivre les aspirations démocratiques, sans voir que leur socialisme ne conduisait pas à faire des êtres égaux dans la liberté (et le droit) mais égaux sous la même servitude (76*/24). La confusion terminologique entre liberté (formelle), comme possibilité d’être pour soi-même sa propre fin, et la « nouvelle liberté » qui consistait à être libéré du besoin (et donc, en acte, appelle une certaine redistribution des richesses)[2] (77*/25) a servi la propagande socialiste au point de rallier de nombreux libéraux qui n'ont pas vu le glissement sémantique et la servitude qu'il cachait (78*/26). Témoignages de socialistes face à la réalité concrète du socialisme. Au contraire de ces derniers de nombreux sympathisants socialistes ont compris que le socialisme étaient un « superfascisme » y compris des gens comme Max Eastman (ancien compagnon de Lénine) reconnaissant que le stalinisme est le socialisme et non un dévoiement. (78*/26) * De même W.H. Chamberlain (en), F.A F.A Voigt (en), Walter Lippmann et bien d'autres durent reconnaître qu'une fois passée le stade illusoire du marxisme le fascisme était la seule issue de celui-ci. (80*/27) * L'évolution de nombreux dirigeants fascistes ou nazis montrent que leur véritable adversaire était le libéralisme et qu'ils n'ont combattu en Allemagne les socialistes que parce que ceux-ci étaient leurs concurrents quand le premier avait déjà disparu (80*/27) L’illusoire socialisme individualiste. Alors qu'en Angleterre certains croient à un « socialisme individualiste » profondément contradictoire, il faut analyser en la question pour leur montrer ce qui est devenu une évidence pour les témoins directs des deux régimes jumeaux (81*/29).

III. Individualism and Collectivism / Individualisme et collectivisme

Différents socialismes, une même fin : la tyrannie. On entend deux choses un peu différentes par socialisme : une praxis politique (un régime politique concret avec ses fins et les moyens correspondants), et un idéal de société (33/30). Or il y a une incompatibilité entre les fins du socialisme (justice sociale, égalité et sécurité) et les moyens possibles pour y arriver (abolition de la propriété privée, collectivisation des moyens de production, économie planifiée), si bien que si tout le monde se croit socialiste les uns veulent la fin sans les moyens et d’autres les mêmes moyens pour d’autres fins (34/30-31) * Le socialisme est seulement un genre de collectivisme, actuellement le dominant – il a même perverti les libéraux - et ne peut aboutir qu’à la tyrannie (35/31). Deux planifications de natures différentes. Tout le monde est pour la planification en un sens, la controverse ne se situant que sur son extension : ou un arrière-plan (background ou framework) nécessaire aux activités individuelles ou une direction centrale rationalisant les activités de chacun au point d’imposer un seul plan collectif (36/32) * Les socialistes diffèrent entre eux pour savoir quel plan accepter, alors que les libéraux refusent l’idée même de direction centralisée des affaires quotidiennes (37/32). La subsidiarité impartiale en faveur de la concurrence. Le laissez-faire libéral n’est pas dogmatique : il peut admettre des entorses afin d’assurer le bon fonctionnement du jeu concurrentiel (37/33), sachant que la concurrence est la seule méthode efficiente pour assurer le bon fonctionnement d’une société : même si quelques fois l’intervention étatique peut être nécessaire, il ne faut en aucun cas instaurer un monopole légal * On peut imposer des restrictions, réglementer un secteur, ou imposer des mesures sociales pourvu que cela affecte tout le monde de la même façon de manière à n’avantager personne (38/33) * Rôle de l’Etat (qui est donc toujours nécessaire) : assurer certaines informations que le secteur privé ne peut fournir, organiser une législation en faveur de la concurrence, assurer certains services non-rentables que le marché ne peut pas fournir (39/34). Deux types d’interventionnismes. On confond l’interventionnisme qui favorise la concurrence ou la régule avec celui qui s’y substitue : les politiciens mettent en place le deuxième type alors que ce livre défend le premier (41/35).

IV. The "Inevitability" of Planning / Le planisme « inéluctable »

Fausse nécessité des monopoles. L’argumentation des planistes, professant que l’organisation de la société ne découle pas d’un choix politique mais est rendue nécessaire notamment par les évolutions technologiques (production de masse), est fallacieuse (45/38) * Ces positions relèvent d’un héritage marxiste (parfois inconscient) croyant à l’inéluctabilité de la « concentration industrielle » (46/38) Pourtant, la technologie produit autant de regroupements industriels que de morcellements, alors que les monopoles sont surtout les résultantes des décisions politiques (46/39). Protectionnisme et monopoles. La formation et le maintien de monopoles aux USA et en Allemagne ne sont pas dus à une évolution nécessaire du capitalisme (qui y est plus jeune) mais au protectionnisme étatique : les théoriciens socialistes ne voient pas que ce qu’ils décrivent n’est pas une évolution spontanée du capitalisme mais les résultats du socialisme. Pourtant, ces phénomènes auto-réalisants constituent la source empirique de leur condamnation théorique du capitalisme (48/40). Ainsi, à la suite de l’Allemagne, l’Angleterre a vu s’accroître les monopoles une fois le protectionnisme mis en place (49/40). Panoptisme contre polycentrisme. Dans certains cas ou à certaines échelles, la planification et l’organisation centralisée est nécessaire, pourtant la généralisation d’une telle nécessité est fausse puisqu’elle relève d’une volonté de panoptisme, rendue illusoire par la complexité des données à prendre en compte à l’échelle d’une société (50/41) * Un ordre polycentrique est possible : chaque agent, basant ses stratégies à l’aune de ses connaissances partielles (mais efficaces et suffisantes), est guidé dans son action par l’indice des prix (51/42). Concurrence et diffusion des technologies. Face à ceux qui demandent d’imposer des monopoles pour défendre certaines techniques, il faut répondre qu’une technique meilleure s’impose d’elle-même : comment juger autrement que par la concurrence de sa supériorité ? (52/43) De même, si une standardisation forcée permet des économies d’échelles (donc des diminutions de prix), cela n’est valable qu’à court terme car la recherche de nouvelles techniques est ainsi étouffée et on ne sait pas quels seront les besoins de l’avenir. De plus, ce "gain" ne compense pas la restriction de liberté (54/44). Le rêve de l’Ingénieur-Roi. Beaucoup d’ingénieurs ou d’idéalistes sont attirés par le planisme car grâce à lui leurs projets pourraient idéalement être rapidement mis en œuvre. Ils s’illusionnent cependant, car il faudrait que leurs fins soient universellement partagées : or on rencontre dans la société des oppositions de goûts ou d’intérêts qu’il est impossible de départager rationnellement, de sorte que les ingénieurs devraient imposer leurs vues en devenant dictateurs ou fanatiques (55/44).

V. Planning and Democracy / Planisme et démocratie

Socle moral commun et autonomie. Les différents collectivismes veulent organiser la société selon une fin unique sans se rendre compte qu’il n’existe pas de moyen objectif capable de déterminer une échelle de valeurs unique (59-60/47) : l’intérêt général ou le bien commun sont donc des notions subjectives et lacunaires puisque aucun code éthique n’est complètement rationnel ni cohérent, les individus se basant le plus souvent sur la coutume ou le mimétisme – illusions constructivistes contre « critique immanente  » (60/48) * Evolution historique de la contrainte morale, passant de la direction quotidienne et constante des individus à des règles générales * Si un tel code moral n’existe pas, aucune activité économique ne peut donc s’y référer (61/48). Individualisme et fins sociales. L’individualisme n’est pas une exigence morale mais la prise en compte de la diversité des individus et de la limitation de leur action, qui nécessite qu’on les laisse seuls juges des fins qu’ils poursuivent dans les limites de la légalité (62/49) * Il existe des fins sociales qui sont au moins partagées par une très grande majorité (quand elles ne font pas l’unanimité) qui ne sont pas des fins dernières mais des moyens communs permettant à chaque individu de parvenir à ses buts : l’État doit se contenter de gérer celles-ci (63/49). Dérive totalitaire ou démocratique. Si une forme de planisme déborde ce cadre unanimiste, le plan, qui fera des compromis entre différents désirs contradictoires, ne satisfera personne (65/50) * A trop vouloir diriger, soit les parlements démocratiques s’enlisent dans des complications techniques où ils sont incompétents (discrédit de la démocratie), soit sont obligés de déléguer certaines questions à des experts (déni de la démocratie) – c’est pourquoi le plus souvent les partis socialistes sont antidémocratiques (65/51). Du plan unique au totalitarisme. On ne peut trouver d’unanimité ou de majorité que devant un nombre restreint de choix, or un problème peut être appréhendé de multiples manières, résolu par d’innombrables solutions. Comme un plan doit comporter une certaine logique unitaire, il doit être élaboré par nombre restreint d’individus (l’expert devient à la nation ce que le général est à son armée) (66/52) * On finit par imputer à la démocratie ce qui est causé par le planisme, et devant l’inévitable impéritie de la démocratie, l’appel au dictateur économique (donc politique) est un stade caractéristique du planisme (70/54) – Hitler est ainsi né de la bureaucratie bismarckienne (71/55). Limites de la démocratie. La démocratie parlementaire peut être un bon garde-fou contre la précipitation et l’abus de pouvoir mais son action positive est quasi nulle si elle n’autorise pas des sortes de dictatures temporaires ou locales (71/55) * Le planisme mène infailliblement à la dictature ; la démocratie n’est pas une fin en soi car celle-ci peut devenir totalitaire : la démocratie n’est pas par elle-même un rempart contre l’arbitraire – la limitation du pouvoir est toujours nécessaire (73/56).

VI. Planning and the Rule of Law / Planisme et la règle de la loi

La règle de la loi. La règle de la loi est un fond constitutionnel de lois fondamentales (acceptées unanimement), stables, négatives et universelles qui non seulement prohibent certaines actions contre les individus mais limitent aussi le pouvoir gouvernemental. Cette « armature permanente de lois » assure assez de stabilité pour que les individus puissent planifier leurs propres activités sans craindre un retournement arbitraire et contrecarrent le clientélisme. Car en effet, si on ne limite pas légalement le pouvoir au gouvernement, 1) l’urgence d'une situation dont on ne peut prévoir l'évolution (complexité) fera que le politique prendra, en acte, ce pouvoir et édictera des politiques qu'il ne pourra maîtriser et devra "corriger" ad vitam aeternam [arg. pratique], 2) devant la mauvaise situation de certains, il enfreindra l'égalité de traitement voulue par la règle de la loi pour intervenir en leur faveur, ce qui se fera au détriment d'autres [arg. normatif : les exigences morales génèrent l’immoral] (75/58). Impartialité/isonomia. Parce que les lois définies (ou la justice) sont des formules générales stables, applicables partout (sur le territoire) et à tous sans discriminations, chacun peut situer son action par rapport à la loi, et donc faire des projets tout en échappant à l’arbitraire (77/60). Laissez faire et liberté. 1) Economie. Pour pouvoir faire des projets, l’individu doit être sûr de l’action du gouvernement, donc celle-ci doit être générale, indépendamment « des circonstances de faits imprévisibles ». 2) Morale politique. L’intervention, même bienveillante, dans les projets des individus n’est pas une aide mais un asservissement. L’Etat libéral est amoral, sourd aux complaintes (79/60) * La fiction de l’expert neutre ne tient pas : tout choix demande un système de valeurs qui peut être discutable (80/62) * Le despotisme éclairé devient toujours tyrannie d’une volonté, d’un individu ou d’un groupe, dès lors qu’il peut instrumentaliser la loi au service de ses idées (81/62) * L’interventionnisme est une régression historique comme retour aux sociétés féodales qui assignent un statut à chacun (82/62). Règle de la loi et justice. La règle de la loi est incompatible avec la justice distributive ; il est impossible d'être juste et égalitaire dès lors qu'on arbitre politiquement les affaires des hommes (82/63) * La puissance qu’apporte la richesse n’est pas un privilège : contrairement à un statut, l’argent se gagne (honnêtement) et se perd (83/63) * Le laissez-faire n’est pas seulement négatif mais comprend aussi une face positive qui empêche qu’on enfreigne la loi ou qu’on entrave la bonne marche des marchés (84/64). Différence entre respect de l’isonomia et du droit positif. Il ne faut pas confondre respect de la Rule of law (limitation du pouvoir du législateur) et la légalité (droit positif) : cette seconde peut être respectée sans pour autant que l’action puisse être considérée comme juste (85/64). Droits de l’Homme et limitation du pouvoir. S’ils respectent formellement les Droits de l’Homme, les planistes les nient dans la réalité (88/66) * Un gouvernement ne doit jamais avoir les pleins pouvoirs (sauf en temps de guerre), faute de quoi il pourra toujours s’arranger pour favoriser ou nuire à certaines catégories de personnes en toute légalité (89/67).

VII. Economic Control and Totalitarianism / Contrôle économique et totalitarisme

L’Economie au quotidien. Le planisme mène à la dictature mais les socialistes pensent que celle-ci peut se cantonner aux affaires économiques, puisqu’ils dissocient une sphère politique des activités économiques (erreur épistémologique) selon une hiérarchie de valeurs qui sépare muettement : noble/vil, grand/terrestre (préjugé philosophique) (91/68) * L’argent n’est pas un mal mais un formidable outil d’échange et de liberté (92/69) * L’économie est présente dans toute notre vie et laisser quelqu’un contrôler l’économie c’est le laisser nous diriger complètement (même de manière indirecte) en appliquant, lors de ses choix budgétaires, une échelle de valeurs qui n’est pas forcément la nôtre (92/70). Indivisibilité de la liberté économique : la production. L’économie est au cœur de la vie, des choix : pour qu’il y ait liberté il faut que l’offre/la production soit libre car c’est elle qui limite la demande (93/71). Indivisibilité de la liberté économique : la consommation. Dans une société socialiste, les individus, en tant que consommateurs et en tant que travailleurs, n’ont pas de réels choix sinon quelques options standardisées et prédéfinies par l’autorité centrale : la diversité des individus, la chance ou leur volonté sont telles qu’il vaut mieux leur laisser la liberté de se situer eux-mêmes dans la société (128*/72). Normativité fondamentale du planisme. Les arguments des planistes en faveur du planisme ne sont pas pratiques (car la concurrence est indéniablement supérieure au planisme) mais normatifs, relevant du despotisme éclairé : en voulant empêcher que des individus puissent se servir de leur puissance pour en asservir d’autres, ils instaurent un asservissement généralisé (97/75). Le panoptisme. Le retour à une société dirigiste ne serait pas une simple régression aux sociétés tribales anté-libérales mais un panoptisme sans faille à cause 1) du progrès technologique, 2) de l’interdépendance mutuelle de tous, créée par la division du travail (102/75).

VIII. Who, Whom? / Pour qui ?

Concurrence, impartialité, justice. La cécité du marché et de la concurrence est un gage de justice (105/77) * Arguments en faveur du marché : 1) il augmente le niveau économique général car la propriété privée est nécessaire pour pouvoir faire des projets (ce qui appartient à tous soit n’appartient à personne et dépéri par inertie, soit faute de se mettre d’accord est confisqué par des fonctionnaires potentats [arg. pratique] 2) loin d’être égalitariste la concurrence place néanmoins les moins favorisés au départ, dans de meilleures conditions que dans un régime discrétionnaire, car ils sont libres et responsables [arg. moral] (106/77) [Dictature et dignité] Tous les phénomènes économiques étant reliés, il est impossible au planiste de circonscrire son action (109/79) * Se voulant moral (lutter contre les injustices sociales), l’Etat centraliste finit par prendre la responsabilité de chaque situation individuelle, ce que ne fait pas le marché, de sorte qu’à situations égales l’échec sera plus mal vécu en régime planifié (110/80). Administration totale ou limitée. Embarquée dans la planification, l’autorité centrale doit directement allouer tâches, revenus ou avantages, c’est-à-dire agir ad personam : « Qui ? Pour qui ? » selon le mot de Lénine repris aux USA (112/81) * Les totalitarismes ne reconnaissent pas l’autonomie de l’économie et tout leur est politique, alors que les libéraux laissent l’économie libre et mettent le politique à son service. Des formules creuses à défaut d’un programme viable. Face à l’impossibilité de dégager une échelle de valeur définissant mérite et justice, l’égalité demeure le seul canon possible pour l’action politique, or la stricte égalité n’étant pas politiquement porteuse, les socialistes en appellent à « plus d’égalité », au « bien commun » ou à la « justice sociale », poursuites asymptotiques qui substituent à l’égalitarisme concret des notions vides (113/82). L’illusion du juste prix. Aucun bon sens populaire, aucun schéma arbitraire ne peut définir de « juste prix », ni entre objets, ni entre travails puisque chaque travailleur est un cas particulier (débutant, réputé, recherché, etc.) (114/83). Education et propagande. Pour créer un point de vue unitaire au-delà des conflits d’intérêts, les socialistes misent sur l’éducation populaire, qui ne s’avère au final n’être qu’une forme de propagande destinée à imposer une Weltanschauung unique (117/84), procédé que les fascistes ne feront que reprendre en les intensifiant (clubs "culturels", uniformes, etc.) (118/85). Les conflits d’intérêts dans la société. Les partis socialistes, plutôt que d’être des mouvements d’émancipation universelle, fonctionnent comme des syndicats défendant les intérêts d’une certaine classe d’ouvriers et rallient à eux les ouvriers qui veulent participer à cette dynamique (118/86) * Plutôt que d’être divisées en deux classes antagonistes comme le croyait Marx (schéma bipolaire repris tactiquement par les partis socialistes même non marxistes), les sociétés étaient tripartites et une certaine classe moyenne envieuse a fourni de nombreux chefs de file à ces partis (119/86). Le bien commun ou l’intérêt du plus fort. Incapables de réaliser leurs principes, les partis socialistes et nationaux-socialistes finirent par faire jouer la loi du plus fort pour assurer à leurs membres des positions privilégiées dans la société, au grand dam des anciens chefs socialistes (121/87).

IX. Security and Freedom / Sécurité et liberté

Sécurité totalitaire ou minimale. Autre objectif des socialistes, la sécurité (économique) est le plus légitime car sur elle est fondée la liberté ainsi que la poursuite de ses projets, mais elle peut devenir contre-productive quand elle empiète sur la liberté (123/89) * Il y a deux types de sécurités : celle qui permet d’assurer un minimum vital (sécurité dans l’absolu) et celle qui maintient des privilèges (sécurité relative aux autres groupes), or, même si cela pose des problèmes pratiques, l’État peut très bien assurer la première (124/90), tout en n'intervenant que ponctuellement dans les affaires économiques (125/90). Accepter les aléas. La réussite ou l’échec pouvant échapper complètement à la responsabilité de chacun et causer de graves souffrances, le besoin de sécurité est légitime quoique protéger les uns revient à aller à l’encontre des autres, et à empiéter sur la liberté par un étatisme trop poussé (126/91). Contraintes du marché ou société esclavagiste. En régime de concurrence, les travailleurs sont libres mais doivent s’adapter aux besoins des marchés (128/92), et pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, ils sont maintenus sous pression avec les menaces de déclassement ou de licenciement. Mais cela remplace cependant la coercition directe de type esclavagiste des régimes planificateurs (pour résumer : choix entre les huissiers ou les bourreaux) (129/93), si bien qu’il y a une alternative entre la société commerciale et sa périlleuse liberté, ou la société militariste et sa sécurité de caserne (130/94). Privilèges et précarisation. La sécurité offerte aux uns (privilèges), précarise encore plus les autres par des phénomènes de renforcement des situations : si le marché est un jeu à somme non nulle, à l’intérieur de celui-ci la plupart des relations le sont (132/94). Le militarisme allemand anti-commercial. En Allemagne on avait frappé du sceau de l’immoral toute activité commerciale et l'enseignement, y compris en Angleterre, diffuse ce discours qui fait du profit un opprobre et le patron un exploiteur alors que commander politiquement n'est pas condamné [96] * La spécificité de l’Allemagne pré-nazie était que l’ordre militariste était étendu à toutes les sphères de la société et qu'on avait ainsi habitué les gens à troquer leur liberté pour le conformisme du fonctionnaire aux ordres d'une hiérarchie qui le nourrit [97] * L'Etat peut assurer un minimum de sécurité et d'ordre rationnel, mais la liberté est nécessaire même si elle a un prix ; décider de la perdre pourrait s'avérer moins payant au final [98].

X. Why the Worst Get on Top / La sélection par le bas

Collectivisme et brutalité. Ceux qui veulent encore croire aux régimes forts se consolent en pensant que le fait que ce soit des brutes qui ont installé de tels régimes n'est qu'un accident de l'Histoire mais n'est pas dû au régime en lui-même. Ils réfléchissent alors à la manière de trouver ces bons dictateurs (157*/99) * Un fascisme anglais, s’il serait sans doute préférable à ceux d’autres pays, n’en finirait pas moins comme eux car, si « un homme politique, dans un État démocratique, veut diriger la vie économique d’après un plan, il sera acculé soit à y renoncer soit à prendre des pouvoirs dictatoriaux, et le dictateur en régime totalitaire sera amené soit à écarter toute considération morale soit à se résigner à un échec », si bien que ce sont les moins scrupuleux qui réussissent dans un tel régime * Même au départ basé sur des conditions morales irréprochables, tout collectivisme devient totalitarisme, et sera jugé sur ses résultats et non pas sur ses intentions (139/100). Collectivisme et démagogie. Les partis autoritaires sont apparus comme des recours à cause du blocage de la démocratie (parlementarisme) et se sont imposés parce qu’ils étaient organisés de manière militaire, alors que les partis socialistes qui répugnaient à utiliser la force attendaient illusoirement qu’une majorité suffisante se dégage pour porter leur plan (140/100) * Dans l'impossibilité de mettre d’accord une large majorité, c’est toujours le groupe le plus uni qui impose ses vues sur la dispersion des autres et celui-ci est toujours le pire pour trois raisons : 1) il s’appuie sur une masse d’autant plus unie qu’elle est moins éduquée et susceptible d’adhérer à un simplisme consensuel (142/101), 2) il fédère les esprits dociles, naïfs, et les déçus grâce à un matraquage idéologique de pointe 3) son programme est négatif car il est plus facile d’assurer son unité par discrimination avec des ennemis que par des propositions positives (143/102). Collectivisme et communautarisme. Tout collectiviste, malgré un internationalisme théorique, devient nationaliste dans les faits car 1) les pays de nations lointaines l’une de l’autre sont trop dissemblables culturellement pour se mettre d’accord sur un plan, 2) tout groupe se fonde sur la séparation avec un autre (144/103) * Le libéralisme est humaniste (Droits de l’homme) et confère une dignité intrinsèque à l’homme alors que le socialisme est particulariste et ne confère une dignité à un individu qu’autant qu’il est dans le groupe, pour son appartenance et non pas en tant qu'homme (145/104). Collectivisme et pouvoir absolu. Le collectivisme, loin de supprimer le pouvoir, demande au contraire un pouvoir sans limite – largement supérieur à tous les pouvoirs partiels des capitalistes – car réuni en une seule entité (148/106) * S'il y aura toujours du pouvoir, notamment économique, le mieux est de le partager grâce à la décentralisation (politique) et à la concurrence (économique) (149/106). Collectivisme et raison d’Etat. Le collectivisme crée une sorte de morale pour le groupe qui est en fait la négation de la morale, car elle justifie les moyens selon les fins (Raison d’Etat) y compris à l’encontre des individus * Pour les libéraux, il existe des choses proscrites pour elles-mêmes car intrinsèquement mauvaises (150/107). Type de société et mœurs. Les Allemands (par ext. les collectivistes) conformément à leur type de société militariste ont les qualités de bons soldats (labeur, discipline, obéissance, courage et dévouement) mais aussi les défauts (étroitesse d’esprit, dédain, avidité de pouvoir) alors que les Anglais (par ext. les individualistes) sont sociables, tolérants, et réticents face au pouvoir (151/108) * Les collectivistes ne sont pas immoraux, mais ont une morale (comparable aux grands mouvements religieux) qui nie le bonheur personnel et prône le devoir quitte à ce que celui-ci préconise la violence (168*/109) * L’intérêt collectif niant les droits des individus et appelant à l’exécution de décisions allant à l’encontre de certains individus, seules les personnes sans scrupules peuvent accomplir celles-ci et s’élever dans la hiérarchie (154/110).

XI. The End of Truth / La fin de la vérité

Totalitarisme et propagande. L’accord sur un plan commun nécessite la manipulation des individus par la propagande, l’uniformisation des pensées par l’unicité des sources d'informations diffusées, afin de détruire l’esprit critique source de division (157/112) * Cette propagande réclame l’adhésion à une pensée qui n’est pas morale (158/113) et où le droit positif remplace la morale du droit naturel (159/113). Techniques de collectivisation d’une pensée idiosyncrasique. Le leader (celui qui impose le plan commun), parce qu’il est l’unique détenteur de la parole (propagande) peut en opérant sur plusieurs registres (sophismes, pseudo scientificité : principe de la naturalisation d’une thèse, irrationalisme, etc.) inculquer son point de vue et ses fantasmes en créant une mythologie qu’il fait passer pour la vérité (159/113). Falsifications et perversions du vocabulaire. Pour faire accepter une pensée nouvelle, le plus efficace est de faire penser que tout en se présentant sous un nouveau jour, ou en se révélant, elle était déjà pensée sourdement ; on trouve ainsi des réutilisations - stratégiques ou de bonne foi - de concepts connotés positivement (liberté, justice, droit, loi, égalité), qui font croire à la continuité là où leurs nouvelles acceptions les pervertissent et marquent une rupture (161/114). Dogme officiel, suppression de la critique, et politisation de l’existence. Il est nécessaire pour que tout le monde adhère à un plan, qu’il n’y ait ni critique diviseuse, ni doute démoralisant : c’est pourquoi toute indépendance d’esprit et tout esprit critique doivent être abolis (163/116) * Pour affermir l’habitude de s’en remettre au dogme officiel, celui-ci doit même s’étendre aux activités humaines a priori les plus éloignées de la politique, c’est-à-dire investir l’entièreté du champ de la vie quotidienne (science, loisir) (165/117) * L’idée d’une vérité unique et transcendante est ainsi complètement supprimée, non pas en vertu d’une idée sceptique de la vérité qui en accepterait plusieurs, mais dans le fait que le vrai prend la forme de ce qui est utile aux dirigeants (167/118). Défense de la liberté de penser. Certains intellectuels socialistes ne voient aucune différence essentielle à remplacer la publicité commerciale par la propagande politique, les deux manipulant de la même façon les esprits naïfs. Cependant, même si elle n’est pas universellement effective, il faut laisser la possibilité de la liberté de pensée, 1) au nom de ceux qui en sont capables [arg. moral], 2) parce que c’est absolument nécessaire au progrès des idées, l’autonomie de pensée amenant la concurrence entre elles [arg. pratique] (168/119).

XII. The Socialist Roots of Nazism / Les racines socialistes du nazisme

La matrice idéologique du national-socialisme au XIXe siècle. Le national-socialisme n’est pas un mouvement irrationnel sans fond intellectuel mais l’aboutissement d’un long processus intellectuel dont l’Allemagne a été le vecteur même si d’autres penseurs y ont contribué comme [ Thomas Carlyle], [ Houston Stewart Chamberlain], Auguste Comte, [ Georges Sorel] [J.G. Fichte, J. K. Rodbertus, Ferdinand Lassalle – p.173/122] (171/121) * C’est du sein de la pensée socialiste (marxiste) qu’est né le national-socialisme contre le capitalisme et grâce à l’absence de bourgeoisie allemande venue faire un contrepoids idéologique * C’est donc à partir de la matrice socialiste du XIXe s. et dans l’union des forces anti-capitalistes que la doctrine hitlérienne s’est développée (172/122). Werner Sombart. Cas le plus caractéristique des socialistes persécutés avant-guerre et grand diffuseur du marxisme en Allemagne, il théorise, dans Haendler und Helden (Marchands et héros - 1915), le conflit entre la civilisation commerciale anglaise, son confort, la poursuite du bonheur individuel, les idéaux de 1789, et la culture héroïque allemande, l’ascétisme militariste et les devoirs qu’imposent la Volksgemeinschaft. (173/122). Johann Plenge. Eminent marxiste lui aussi, il distinguera en 1914, les idées de 1789 et celles de 1914, prônant le socialisme et l’organisation dont la guerre mondiale est le terrain d’une lutte idéologique aussi importante que la création de « l’esprit du capitalisme » des bourgeois réformés (175/124) * S’il veut d’abord concilier organisation et liberté, il devra dès 1918 sacrifier la seconde à la première (177/125). Héritage de Plenge. Les idées de Plenge rencontrent celles de scientifiques (Wilhelm Ostwald), des hommes politiques (Walter Rathenau, qui lui-même inspirera Goering), des marxistes (Friedrich Neumann), des penseurs dont Paul Lensch (178/126). Diffusion des idées anti-capitalistes. Plenge et Lensch fourniront les idées directrices aux leaders du national-socialisme notamment Oswald Spengler et A. Moeller van den Bruck (à compter aussi dans la génération qui a fait le nazisme : Carl Schmitt et Ernst Jünger) * Le prussianisme de Spengler, opposant aux idéaux de la Révolution française, l’autoritarisme socialiste anti-démocrate, l’ordre qui fixe à chacun sa place et l’obéissance qui maintient la structure (182/128) * Moeller van den Bruck et la germination du nazisme à partir de la pensée séminale des socialistes de droite et de gauche réunis contre le capitalisme des anglais (184/130).

XIII. The Totalitarians in our Midst / Les totalitaires parmi nous

Fascination des Anglais pour le socialisme et abandon de la pensée anglaise. Il y a de nombreuses ressemblances entre l’Angleterre actuelle et l’Allemagne d’il y a 20-30 ans, mais voyant les atrocités des nazis, les anglais s’imaginent pouvoir adhérer au socialisme sans connaître la même dérive (186/132) * De leur aveu les socialistes se sentent plus proches des conservateurs que des libéraux (187/132) * La pensée allemande, la politique de Bismarck, sont préférées à la traditionnelle pensée anglaise et ses auteurs (Morley (en), Sidgwick, Lord Acton, Dicey (en)) (188/133) * idéologique entre la littérature anglaise actuelle et la littérature allemande, dont les idées ont répandues aussi par les immigrés allemands qui ont répandus les mêmes idées socialistes ayant causées leur exil une fois incarnées par Hitler (189/134) * Les auteurs étudiés en dessous sont des hommes intelligents, sincères, au-dessus de tout soupçon, et pourtant dupes des idées socialistes (190/135). Le cas d’E.H. Carr. Dans ses livres, l’auteur se dit proche de « l’école historique » des réalistes allemands, dans la filiation de Hegel et de Marx, préférant l’empirisme au « principes abstraits et généraux » de l’individualisme du XVIIIe siècle et renvoyant la morale au nom des faits (190/135) * Refusant la distinction entre « société » et « État », il rejoint Carl Schmitt, théoricien du totalitarisme (192/136) * Avec des sophismes économiques, il professe la nécessité des grands monopoles et de l’organisation étatique telle l’Allemagne hitlérienne (194/137) * Il participe au militarisme allemand en louant les vertus de la guerre (195/137). Technocratisme des universitaires. A l’instar de l’Allemagne du XIXe siècle, des scientifiques-politiciens veulent scientificiser la gestion de la société, délire d’ingénieur voulant appliquer à l’ensemble d’une société ce qu’il peut faire dans le cadre restreint de sa science et méprisant l’autonomie de pensée que confèrent les « humanités » (195/138) * Les universitaires allemands ont fait preuve de servilité face au pouvoir politique (196/138) * Tendance de certains scientifiques à imaginer pouvoir jouer un rôle politique (le Scientifique–Roi ) dans un régime planiste qu’ils dirigeraient (198/139). Monopoles et entrepreneurs. On essaye de créer un socialisme de classes moyennes, des mouvements politiques militent pour l’avènement du socialisme dans le pays, mais plus importante est la collusion involontaire du « capital organisé » (les entrepreneurs) et du travail organisé (les syndicats) (199/140) * Des capitalistes veulent instaurer des coopératives en espérant les diriger comme des petits Etats semi-indépendants, mais ils s’illusionnent puisque s'ils réussissent l'Etat ne pourra supporter leur indépendance et finira par les régimenter (200/141) * Les partisans des monopoles reçoivent l’appui des partis de gauche persuadés que la concurrence est la source des maux de la société et que, outre la condamnation du profit en lui-même (n2), l’intérêt général requière des monopoles qui permettront de mieux rémunérer les ouvriers (202/142) * La surveillance des monopoles privés (comme aux USA) est préférable à la gestion étatique, même pour les monopoles nécessaires (202/143). Monopoles et ouvriers. Associés involontairement aux capitalistes, les mouvements d’ouvriers en faveur des monopoles, outre d’aller à l’encontre de la démocratie et de la liberté, assoient les privilèges d’une catégorie de travailleurs au détriment des autres, qui sont d’autant plus précarisés (cercle vertueux pour les uns, vicieux pour les autres) (204/144).

XIV. Material Conditions and Ideal Ends / Conditions matérielles et fins idéales

Les causes de l’éconophobie. Les gens se détournent de l’économie (bien qu’ils en dépendent plus que jamais) parce qu’ils veulent maîtriser et comprendre plutôt que de subir des mécanismes qui sont pourtant trop complexes pour être appréhendés simplement, surtout pas dans un cadre collectiviste (207/146). Le passage d’une économie de guerre à une économie de paix. Suivre un but unique n’est valable qu’en temps de guerre (211/149) * Les salariés des industries de guerre vont devoir se reconvertir et accepter d’aller vers des emplois moins bien payés (212/149) * Niveler les salaires vers le haut serait contre-productif (inflation) et générerait à terme la misère (212/150). Les difficultés à prévoir après-guerre. L’Angleterre devra s’adapter à une nouvelle économie, se moderniser, même s’il faut passer par un recul provisoire du niveau de vie, sans tomber dans les tentations totalitaires ou dans une moralisation douteuse de l’économie (214/151). Le collectivisme comme égoïsme à plusieurs. Les générations actuelles sont peut-être sensibilisées à la morale, mais cela ne se retrouve pas dans les faits * La morale ne peut être que l’objet d’individus et jouissants de la liberté (216/152), or le collectivisme, en déresponsabilisant les individus, a détruit aussi la morale (217/153), il a même généré l’immoral par l’abandon de l’égalité devant la loi au profit d'un utilitarisme collectif n’appréhendant les individus qu’en tant que parties d'un tout, qui n’hésite pas à en sacrifier certains au nom du groupe et à faire des discriminations entre membres et non-membres du groupe (218/154). La perte des valeurs anglaises. Anglais (et Suisses et Hollandais) étaient jusque-là caractérisés (et fiers de l’être) par : l’indépendance, la confiance en soi, l’initiative individuelle, le sens des responsabilités, le respect et la tolérance, la méfiance envers le pouvoir (220/154) * C’était un creuset national, un socle d’entente au-delà de toutes les différences (220/155) * La propagande nationale anglaise en faveur de ces valeurs est inefficace car imprégnée de pensée allemande et les Allemands n’ont pas besoin d’apprendre de seconde main une pensée semi-totalitaire qu’ils ont eux-mêmes fondée, en allant, eux, jusqu’au bout (221/156).

XV. The Prospects of International Order / Les perspectives d’un ordre international

Le protectionnisme et la guerre. Le planisme réclame le protectionnisme et le repli sur soi, qui mène au chacun pour soi (225/158) * De ces replis résulteront des inégalités entre nations et des frustrations pouvant mener à des conflits. Or les échanges commerciaux passés dans le cadre de la société civile sont moins dangereux que ceux entre groupes politiques, car aucun droit ne se trouve au dessus des Etats alors qu’un droit international peut régler les différends entre individus ou firmes : l’un repose sur la confiance et la justice, l’autre peut mener à la guerre (226/158). L’illusion d’un planisme international. Un planisme international dirigé par un super-Etat empêcherait ces risques de guerres internationales mais cela est voué à l’échec car 1) cette super-société serait bien trop complexe pour être gérée sinon par la force, 2) le sentiment d’appartenance décroissant avec l’éloignement géographique, les habitants de certaines régions ne voudraient pas faire des sacrifices pour des personnes lointaines, 3) une minorité (la plus dangereuse, cf. chap. 10) prendrait le pouvoir et imposerait une échelle de valeurs unique à des individus très différents les uns des autres (227/161). L’illusion d’une solidarité internationale des ouvriers. En cas de collectivisme international, les conflits entre ouvriers des différentes nations seraient encore plus aigus, les uns voulant se protéger de la concurrence, les autres prendre les postes de ceux qui en sont pourvus, chacun désirant un arbitrage des autorités en sa faveur (231/162) * A défaut de pouvoir aider tout le monde en même temps les planificateurs devront faire des choix d’une région du globe à l’autre, générant frustrations et mécontentements (232/162) * Une autorité internationale peut juste assurer la stabilité nécessaire au commerce et aider en cas d’urgence, en laissant l’autonomie à chaque peuple (234/163). L’idée d’un planisme « purement » économique. Ne pouvant séparer l’économie du reste des activités humaines (234/163), le contrôle économique serait de fait un contrôle total, inégalitaire, frustrant, peu respectueux des petites nations : au final ce serait la victoire du nazisme par la culture et non par les armes (235/164). Pour un ordre politique international. Il faudrait créer un ordre (strictement) politique international n’intervenant pas dans l’économie, assurant la paix avec les moyens législatifs et matériels nécessaires pour le faire, dans le respect du laissez faire et de la Rule of Law (237/165) * Le fédéralisme à l’échelle internationale et Européenne, est le type de gouvernement le plus approprié pour ceci, loin de la Realpolitk et de la loi du plus fort. (239/166) L’Union Européenne (puis Occidentale). Bienfaits de la décentralisation : plus le pouvoir est proche des gens, mieux est respectée la démocratie * Plutôt que de refaire une Société des Nations pêchant par ambition, il faut créer des associations fédérales entre pays proches notamment en Europe occidentale (pour élargir par la suite), respectant chacune les règles du jeu pour pouvoir les faire respecter aux autres (241/168).

Conclusion

Si ce livre ne donne pas de programme complet, il espère contribuer à contrebalancer un XXe siècle dont le dirigisme a culminé avec Hitler, pour retourner à l’idéal du XIXe siècle, celui de la liberté individuelle. (245/170).

Notes

  1. J'oppose thétique (qui donne la thèse ou les opinions de l'auteur en même temps qu'il en expose le propos) à thématique, qui se contente de la seconde tâche
  2. On reconnait ici la « liberté réelle » de Marx, que Hayek ne cite pas.
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