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Claude Allègre | |
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La raison psychologique profonde du succès écologique réside, d’après moi, dans le besoin qu’ont certains hommes de croire en quelque chose à une époque où les idéologies ont beaucoup souffert. Les religions chrétiennes ont perdu de leur influence. Ceux qui avaient cru pouvoir y substituer la croyance dans le communisme ont été déçus. L’écologie dans son aspect doctrinaire leur offre une nouvelle croyance, qui a en outre le mérite de rassembler beaucoup d’ingrédients des deux croyances précédentes. Le fondement en est bien sûr le péché originel. L’homme est coupable, l’homme est un pécheur fondamentalement mauvais. Pour expier ses fautes, il doit être puni. Et la punition la plus simple n’est-elle pas de le priver de ce qui est son orgueil et sa fierté : la croissance et le progrès ? L’homme doit expier ses fautes et notamment celle d’avoir « insulté » la nature (concept idéalisé où l’homme est considéré comme extérieur).
Comment obliger la société à accepter les mesures indispensables au salut humain et qui seront très dures, si ce n’est en réglementant étroitement la liberté individuelle, en organisant collectivement la répartition des ressources devenues rares ? C’est une société entièrement dominée par le collectif, par l’Etat, dans laquelle les entreprises libérales, surtout celles qui produisent des biens et donc du profit, doivent disparaître.
Il y a chez eux le même idéalisme affiché qu’autrefois chez les « bons communistes » : faire naître le paradis sur terre. Les pionniers communistes étaient des productivistes à outrance. Cette fois, la recette est d’organiser la vie frugale. Che Guevara et la distribution gratuite et obligatoire d’une ration de lait chaque matin ne sont pas loin !
Bien sûr, tout cela n’est pas explicite, la secte verte n’affiche pas ses objectifs de façon aussi précise. On finit par penser que les membres de la secte détestent l’Amérique autant parce qu’elle est le symbole du capitalisme technologique triomphant que parce qu’elle a inscrit dans sa Constitution le droit à la liberté et au bonheur pour ses citoyens !
Pour la secte verte, il faut en baver dans la joie. Voilà l’avenir.
Sur le sujet :
Dans la « secte verte », il en est de même. Il n’y a rien à comprendre. La science n’est présente que lorsqu’elle conforte ce qu’on pense. Dès qu’un danger est annoncé comme possible, il est considéré comme certain et le principe de précaution justifie à lui seul l’attitude. C’est ainsi ! Un point, c’est tout. Questionner, c’est déjà être rebelle !
Bjorn Lomborg raconte que, dès qu’il a cherché à comprendre, qu’il a questionné les affirmations, il a été exclu de Greenpeace (B. Lomborg, L’Ecologiste sceptique, Le Cherche Midi, 2004).
D’ailleurs, les gourous qui les guident seraient bien incapables eux-mêmes de comprendre les données scientifiques qui sous-tendent leurs affirmations et que l’on peut résumer en quelques principes simplistes que voici : l’homme est par essence mauvais, égoïste, sans scrupule. Il détruit la planète sans se préoccuper du lendemain. Seules une action contraignante, une punition sévère peuvent l’obliger à respecter la nature. Le paradis terrestre c’est la frugalité. Comme le dit le sachem sioux : « La Terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la Terre. »
A apprendre par cœur, obligatoire au bac !
Le programme de M. Hulot tel qu’il est formulé comporte deux faiblesses majeures du point de vue économique. La première est le postulat d’un arrêt de la croissance, voire de la décroissance. « L’âge d’or c’est fini », « l’ère de l’abondance va s’achever, celle de la rareté commence » : on se croirait revenu au Club de Rome ! Je ne citerai que quelques exemples : « La croissance pose problème », une citation de Serge Latouche, le propagandiste de la décroissance : « Il faut planifier la décroissance », « Le progrès s’est transformé en risque », bref, c’est du discours écologique traditionnel et archaïque ! Car, sans croissance, il n’y a aucune politique de l’emploi ni aucune politique sociale possible, ni même aucune politique qui serait acceptée par les citoyens. Vouloir s’opposer à la croissance et au progrès technologique, c’est engager la France dans le déclin et la détérioration du niveau de vie des Français ! Il faut le leur dire. La seconde faiblesse du projet est son absence de prise en compte de la mondialisation.
Comme s’il se proposait de s’occuper de l’intérêt de la planète en ignorant la globalisation ! Or, l’Inde et la Chine vont à elles seules représenter un tiers de la population mondiale en 2050. Leurs économies sont en plein essor et elles n’ont pas l’intention de la ralentir. Certes, sur certains aspects, notamment ceux des ressources énergétiques, leur développement ne peut pas suivre le même chemin que celui des pays aujourd’hui industrialisés. Mais le seul moyen de les convaincre d’infléchir leur stratégie est de susciter l’émergence d’un nouveau mode de croissance qui ne ralentisse pas leur développement et qui leur permette même de l’accélérer.
Donc, là encore, c’est la croissance qui est la solution. Le programme de M. Hulot est, à ce titre, totalement inadapté car il est fondé sur trois postulats que je crois erronés :
Je traiterai ces problèmes avec soin : sans être grand économiste, chacun peut voir avec un minimum de réflexion que l’application de ces principes conduirait au suicide de notre industrie et de notre agriculture. En fait, en lisant l’introduction signée Nicolas Hulot, on a l’impression que l’animateur est quelque peu conscient des limites mêmes de sa démarche. Il adopte un style à la russe, c’est-à -dire circulaire : on y répète inlassablement l’énumération des dangers, on inclut au milieu du texte de longues tirades critiques sur les pratiques des politiques ou l’incompétence des ministres (pour ajouter un peu plus loin qu’il ne faut pas critiquer les politiques), on dénonce l’intolérable dissymétrie Nord-Sud (« Humanité qui se gave – Humanité qui souffre »). Mais il n’apporte aucune solution concrète à ces questions préoccupantes. Il égrène à plusieurs reprises la liste des menaces qui pendent sur nos têtes, mêlant au passage les risques industriels aux risques naturels. Il cite Einstein, Mandela, Victor Hugo, Soljenitsyne, il ne manque que Gandhi, et il a oublié Gorbatchev qui, il est vrai, travaille surtout sur le problème de l’eau !
Dans sa lettre, M. Hulot est relativement modéré sur le nucléaire, pourtant voué au sacrifice dans la suite du texte et les propositions. Il ne parle pas des OGM (sur lesquels il dit en privé s’interroger ; pourtant, dans le texte même, on leur tourne le dos) et, bien sûr, constate lucidement que faire accepter une politique de « frugalité » sera difficile. Mais, après ces précautions, il revient chaque fois au galimatias des discours de l’écologie politique, avec des relents assez inquiétants. Lorsqu’il écrit : « Pas plus moi que d’autres » ne pouvons prévoir l’avenir, quelle compétence aurait-il à le faire ? Quand il ajoute : « La modernité a profané la sphère du sacré en outrepassant les limites imparties à l’humanité », on s’interroge. On s’interroge encore plus lorsqu’il écrit : « Le temps de l’information, du débat, des controverses est révolu. » Quel régime alors nous propose-t-il ? La démocratie, la liberté de parole auraient-elles fait leur temps ? Est-ce cela, le « catastrophisme éclairé » dont il se réclame ?