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Karl Popper

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Dates : 1902 - 1994
Courant de pensée : Ecole autrichienne
Idées remarquables : Société ouverte et Société close, historicisme, réfutabilité, rationalisme critique
Influencé par : Hayek
A influencé : Hayek
Individu  

Sir Karl Raimund Popper (Vienne, Autriche, 1902 - Londres, Grande Bretagne, 23 mars 1994) est un philosophe, spécialiste des sciences.

Sommaire

Biographie

Karl Popper est né à Vienne en 1902. Très jeune, il est d’abord tenté par le marxisme avant de s’en détourner définitivement. Il choisit la carrière universitaire et s’intéresse à l’épistémologie. En 1934, il écrit son livre le plus célèbre : La Logique de la découverte scientifique. En 1937, fuyant le nazisme, il émigre en Nouvelle-Zélande, où il accepte un poste d’enseignant. Se passionnant pour la philosophie politique, il publie en 1945 son autre grand ouvrage, La Société ouverte et ses ennemis. En 1946, il obtient un poste grâce à Friedrich Hayek, à la prestigieuse London School of Economics, où il crée le département de philosophie, logique et méthode scientifique. Il vivra à Londres jusqu’à sa mort.

Pensée

Epistémologie

Faire de la science, c’est tenter d’interpréter le monde, c’est oser des thèses et inventer les épreuves qui permettent de les tester. Pour Karl Popper, le processus de développement de la connaissance scientifique comprend deux temps :

• Dans un premier temps, le savant avance une théorie qui joue un rôle d’hypothèse de travail. Popper appelle cette hypothèse théorique une conjecture.
• Dans un second temps, cette hypothèse est mise à l’épreuve, elle est testée. Un test est la comparaison avec les données empiriques des conséquences déduites d’une théorie. Un test négatif équivaut à une réfutation.

Le premier temps ne peut se réduire à une activité strictement rationnelle. De nombreux éléments interviennent tels que la psychologie du chercheur, ses croyances personnelles, les mythes. « Le succès de la science ne repose pas sur des règles d’induction, il est fonction de la chance, de l’ingéniosité.  » (Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, introduction.) Chaque découverte contient un élément irrationnel ou une intuition au sens bergsonien du terme. « De Thalès à Einstein, ce sont des idées métaphysiques qui ont ouvert la voie. »

Le second temps ne consiste pas à vérifier l’hypothèse du chercheur. En effet, on ne peut pas faire un inventaire exhaustif de tous les faits susceptibles de vérifier l’hypothèse. Le problème vient de ce que les conséquences d’une théorie n’apparaissent pas toutes en même temps. Une théorie ne peut donc jamais être totalement vérifiée, car une nouvelle expérience est toujours susceptible de contredire la précédente. En revanche, « tant qu’une théorie résiste à des tests systématiques et rigoureux et qu’une autre ne la remplace pas avantageusement dans le cours de la progression scientifique, nous pouvons dire que cette théorie a “fait ses preuves” ou qu’elle est “corroborée”. » (Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chapitre quatre.)

Si un test négatif est toujours possible, l’observation empirique ne permet pas de dire qu’une théorie est vraie mais seulement qu’elle est corroborée, c’est-à-dire provisoirement acceptable. Par contre l’observation empirique permet de dire qu’une théorie est fausse. En effet, une seule expérience suffit pour la réfuter définitivement. L’expérience est une instance critique, elle ne vérifie pas, elle réfute. « 100 expériences ne prouveront jamais que j’ai raison, disait Einstein, mais une seule expérience pourra n’importe quand prouver que j’ai tort. »

Le but de la science, selon Popper, n’est donc nullement de parvenir à des vérités certaines et positives : la science vise, non à vérifier des hypothèses mais au contraire à essayer de les réfuter. Si cent mille cygnes blancs ne prouvent aucunement que la proposition « tous les cygnes sont blancs » est vraie, un seul cygne noir prouve absolument qu’elle est fausse. En conséquence, les seules certitudes scientifiques portent sur les erreurs, non sur les vérités. Le premier et principal critère de la scientificité d’un discours sera sa réfutabilité et non sa vérifiabilité.

C'est pourquoi il faut différencier deux types de systèmes théoriques. Les systèmes clos, comme le marxisme ou la psychanalyse, construisent une interprétation définitive du monde et tentent de s’immuniser contre toute réfutation. Au contraire, les systèmes ouverts, comme la théorie de la relativité, se soumettent à l'épreuve des faits et acceptent le risque de la réfutation. Autrement dit les systèmes clos refusent la concurrence des autres théories explicatives tandis que le systèmes ouverts se nourrissent de cette concurrence.

Philosophie

Un des mérites de Karl Popper est d'avoir fourni les fondements philosophiques d'un rationalisme critique original. On pourrait penser qu’un débat ne saurait être fécond que si les interlocuteurs ont beaucoup de choses en commun. Popper ne souscrit pas à cette thèse. Il croit, au contraire, que plus les horizons sont différents, plus la discussion peut être fructueuse. C’est la pluralité qui fait la richesse d’un débat critique. Ce que les interlocuteurs doivent avoir en commun, c’est uniquement une disposition à tirer de l’autre un enseignement en soumettant ses opinions à une critique rigoureuse et en prêtant l’oreille à ses objections.

Nos tentatives pour saisir et découvrir la vérité ne présentent pas un caractère définitif mais sont susceptibles de perfectionnement, notre savoir, notre corps de doctrine sont de nature conjecturale, ils sont faits de suppositions, d’hypothèses, et non de vérités certaines et dernières. Les seuls moyens dont nous disposons pour approcher la vérité sont la critique et la discussion. De la Grèce antique provient donc cette tradition qui consiste à formuler des conjectures hardies et à exercer la libre critique, tradition qui a été à l’origine de la démarche rationnelle et scientifique et, partant, de cette culture occidentale qui est la nôtre et la seule qui soit fondée sur la science (même si, de toute évidence, ce n’est pas là son seul fondement). (Karl Popper, Conjectures et Réfutations. Retour aux présocratiques, Payot, 2006)

Selon cette conception de la vérité, il faut disjoindre les concepts de vérité et de certitude. On ne progresse vers l'une qu'en renonçant à l'autre, selon une démarche négative. C'est par la critique de nos erreurs et de nos fausses certitudes qu'on s'approche de la vérité. Toute vérité est donc en sursis. Cette démarche ne conduit pas pour autant au relativisme ni au scepticisme. En effet, il y a des thèses qui peuvent résister à la réfutation. Elles devront donc être tenues pour vraies tant qu'elles n'auront pas été réfutées. Et les sceptiques qui les croient fausses devront fournir des preuves rationnelles de leur fausseté. Karl Popper a proposé d'appeler cette position philosophique, qui remonte à la Grèce Antique, le rationalisme critique ou le faillibilisme.

Politique

C'est ce même faillibilisme qui commande toute la philosophie politique de Popper. En effet, si nous sommes tous faillibles, il serait vain d'espérer l'avènement d'homme providentiel ou d'un chef idéal pour gouverner la cité. De même, la fonction d'un État, c'est moins de viser le bonheur que de viser la réduction des souffrances et des malheurs des hommes. Dans cette perspective, la tentation de vouloir instaurer un monde parfait, un homme nouveau, diminue.

Dans La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper identifie en Platon, Hegel et Marx les trois sources du totalitarisme contemporain. Platon a formulé la question politique comme suit : Qui doit gouverner ? Le plus petit ou le plus grand nombre ? Et sa réponse était : le meilleur doit gouverner. Cela aurait été aussi la réponse de Staline ou d'Hitler. Mais en fait, selon Popper, la question est mal posée, et il propose de la remplacer par une autre, à savoir : comment organiser l'État et le gouvernement de telle sorte que même les pires dirigeants ne puissent pas causer trop de dommages ? L’essentiel n’est pas de savoir qui gouverne, mais bien plutôt de savoir si le gouvernement est susceptible d’être contesté et remplacé par un autre sans violence.

La question politique traditionnelle est mal posée, et les réponses qu’elle entraîne sont paradoxales (ainsi que j’ai tenté de le montrer au chapitre 7 de The Open Society). Il faudrait lui substituer une question tout à fait différente : « Comment organiser le fonctionnement des institutions politiques afin de limiter autant que faire se peut l’action nuisible de dirigeants mauvais ou incompétents – qu’il faudrait essayer d’éviter, bien que nous ayons toutes les chances d’avoir à les subir quand même ? ». Je pense que c’est seulement en transformant ainsi le problème que nous pouvons espérer nous acheminer vers une théorie des institutions politiques qui soit raisonnable. ( Des sources de la connaissance et de l’ignorance)

Par ailleurs, la philosophie politique de Karl Popper s'articule autour du couple « société close - société ouverte » comme son épistémologie était basée sur l'opposition « systèmes clos » - « systèmes ouverts ». On trouvera chez Alain Laurent, dans son livre La Société ouverte et ses nouveaux ennemis (2008), un exposé complet de la notion de société ouverte chez Karl Popper (et chez Hayek).

Enfin, Popper reproche à Hegel et à Marx leur historicisme. L’historicisme est la doctrine selon laquelle il y a des lois générales du développement historique qui rendent le cours de l’histoire inévitable et prévisible. Popper rattache cette doctrine à des conceptions erronées sur la nature des sciences humaines et des sciences sociales en particulier.

Bibliographie sélective

Volume 1: The Spell of Plato (La Société ouverte et ses ennemis, tome 1 : L'Ascendant de Platon)
Volume 2: The High Tide of Prophecy: Hegel, Marx and the Aftermath (La Société ouverte et ses ennemis, tome 2 : Hegel et Marx)

  • Karl Popper, Conjectures et réfutations La croissance du savoir scientifique (The Growth of Scientific Knowledge) (1953), trad. M.-I. et M.-B. de Launay, Payot, 1985

Ce livre est un recueil d’articles. Il faut lire de préférence, les chapitres suivants :

1. « La science : conjectures et réfutations » ;
3. « Trois conceptions de la connaissance » ;
4. « Pour une théorie rationaliste de la tradition » ;
5. « Retour aux présocratiques » ;
10. « Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique » ;
11. « La démarcation entre la science et la métaphysique » ;
16. « Prédiction et prophétie dans les sciences sociales ».

Ce dernier petit livre est un extrait de Conjectures et réfutations. C'est un petit bijou pour qui veut s'initier à la philosophie de la connaissance.

Citations

  • « La méthode scientifique elle-même a des aspects sociaux. La science, et plus spécialement le progrès scientifique, est le résultat non pas d’efforts isolés mais de la libre concurrence de la pensée. Car la science réclame toujours plus de concurrence entre les hypothèses et toujours plus de rigueur dans les tests, et les hypothèses en compétition réclament une représentation personnelle, pour ainsi dire : elles ont besoin d’avocats, d’un jury et même d’un public. » (Karl R. Popper, Misère de l’historicisme, Presses Pocket, coll. « Agora », 1988, p. 194.)
  • « La science émet des conjectures ou des hypothèses. Mais l’expérimentation ne peut établir que leur fausseté, et non leur vérité (c'est-à-dire leur nécessité) : elle ne permet que des réfutations. En effet, la nécessité d’une théorie ne pourrait être vérifiée que par des expériences infinies — alors qu’une seule expérience contradictoire suffit à réfuter un énoncé universel (de type : " Tous les A sont B "). Il n’y a donc pas de certitude absolue concernant la vérité, mais seulement un progrès de nos conjectures, c'est-à-dire de la résistance des théories aux falsifications. Connaître, c’est ne cesser de corriger ses erreurs. » Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique, trad. M.-I. et M. B. de Launay, Payot, 1985.
  • « C'est la tradition qui représente - si l'on exclut la connaissance innée - la source à l'évidence la plus importante, en qualité comme en quantité, pour notre savoir. Nous avons appris la majeure partie de ce que nous savons par l'exemple, par des relations, par la lecture d'ouvrages, mais aussi en apprenant à critiquer, à admettre et à accepter la critique, et à respecter la vérité. Que la plupart des sources de notre connaissance ressortissent à la tradition conduit à récuser l'antitraditionalisme comme une position peu conséquente. Mais on ne saurait tirer argument de ce fait pour tenter d'étayer une attitude traditionaliste : chaque parcelle de ce savoir issu de la tradition (et même nos connaissances innées) se prête à l'examen critique et est susceptible d'être invalidée. Pourtant, sans la tradition, il serait impossible de connaître. La connaissance ne saurait s'élaborer à partir de rien - d'une tabula rasa -, ni procéder de la seule observation. Les progrès du savoir sont essentiellement la transformation d'un savoir antérieur. » Des sources de la connaissance et de l’ignorance, in Conjectures et Réfutations, 1963, chapitre publié dans l’édition Rivages poche.
  • « La méthode scientifique elle-même a des aspects sociaux. La science, et plus spécialement le progrès scientifique, est le résultat non pas d'efforts isolés mais de la libre concurrence de la pensée. Car la science réclame toujours plus de concurrence entre les hypothèses et toujours plus de rigueur dans les tests, et les hypothèses en compétition réclament une représentation personnelle, pour ainsi dire: elles ont besoin d'avocats, d'un jury et même d'un public.» Misère de l'historicisme, Edition Agora, presses pocket. 1988. Page 194).
  • « Le dualisme des faits et des normes est une des bases de la tradition libérale dont une des caractéristiques essentielles est de reconnaître l’injustice qui existe dans le monde et de vouloir aider ceux qui en sont victimes (...) Autrement dit, le libéralisme est fondé sur le dualisme des faits et des normes, en ce sens qu’il s’efforce de rechercher de meilleures normes, notamment dans les domaines politique et législatif. » La Société ouverte et ses ennemis
  • « Je suis resté socialiste pendant plusieurs années encore, même après mon refus du marxisme. Et si la confrontation du socialisme et de la liberté individuelle était réalisable, je serais socialiste aujourd'hui encore. Car rien de mieux que de vivre une vie modeste, simple et libre dans une société égalitaire. Il me fallut du temps avant de réaliser que ce n'était qu'un beau rêve; que la liberté importe davantage que l'égalité; que la tentative d'instaurer l'égalité met la liberté en danger; et que, à sacrifier la liberté, on ne fait même pas régner l'égalité parmi ceux qu'on a asservis. » La Quête Inachevée (Unended Quest: An Intellectual Autobiography)


Ressources

Sites et instituts

Articles introductifs

Livres introductifs

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